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L’éducation populaire, c’est quoi au juste ?

Apprendre hors de l’école, à tout âge et sans diplôme : l’éducation populaire est une idée vieille de deux siècles, vivante aujourd’hui dans les MJC, les centres sociaux et les cafés-savoirs.

Vous avez sans doute déjà croisé l’expression sur la façade d’une salle municipale ou dans la bouche d’un animateur, sans trop savoir ce qu’elle recouvre. Elle sonne un peu comme un slogan de mairie. Elle décrit pourtant quelque chose de très simple : apprendre en dehors de l’école, à tout âge, sans diplôme à la clé, dans un club de théâtre, une bibliothèque de quartier ou une salle où l’on discute un mardi soir. L’éducation populaire, c’est ce mouvement-là, et il a plus de deux siècles.

Une idée plus vieille que les MJC

L’histoire commence dans les grands textes de la Révolution française. En 1792, Condorcet remet à l’Assemblée un rapport sur l’instruction publique qui pose une idée neuve pour l’époque : le savoir doit circuler bien au-delà de l’école, pour que chacun puisse exercer sa citoyenneté en connaissance de cause. Cette idée met du temps à devenir des lieux concrets. En 1866, Jean Macé fonde la Ligue de l’enseignement, qui milite pour l’instruction de tous. Entre 1890 et 1910, les premières universités populaires ouvrent leurs portes : des cours du soir gratuits, souvent donnés par des professeurs bénévoles à des ouvriers qui n’avaient jamais eu accès longtemps à l’école.

Le tournant suivant porte une date que tout le monde connaît sans forcément la relier à l’éducation populaire : 1936. La loi votée le 11 juin par la Chambre des députés, avec 563 voix contre une, accorde quatorze jours de congés payés après un an de service. Pour le gouvernement du Front populaire, ce temps libéré n’est pas qu’un repos : c’est aussi du temps pour la culture et les loisirs. La même année s’ouvre à Paris la première Maison de la culture. Le mouvement d’éducation populaire, porté par des associations d’auberges de jeunesse et de loisirs actifs, tient enfin le temps nécessaire pour exister dans la vie des gens, pas seulement dans les discours.

Des maisons nées dans la clandestinité

Les Maisons des Jeunes et de la Culture, ces MJC que beaucoup connaissent de nom, naissent dans un contexte plus sombre. Sous le régime de Vichy, des maisons de jeunesse officielles sont créées ; des résistants s’en emparent, y organisent des activités clandestines la nuit pour soustraire des jeunes au travail forcé, tout en maintenant une façade légale le jour. Le 27 septembre 1944, André Philip dépose les statuts d’une fédération de ces clubs et maisons, la République des Jeunes. Elle deviendra en 1948 la Fédération française des Maisons des Jeunes et de la Culture. Leur nombre grimpe vite : environ deux cent cinquante maisons à la fin des années 1940, plus de mille deux cents à la fin des années 1960.

Ce que ça donne aujourd’hui, dans votre rue

Le mot a vieilli, la pratique non. Selon un décompte du CNAJEP cité par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire, le secteur représentait environ 630 000 associations en France en 2017. Cela va bien au-delà des MJC : centres sociaux, foyers ruraux, cafés où l’on refait le monde une fois par mois autour d’une conférence gratuite, groupes de discussion citoyenne. Le nom change selon les régions et les générations, l’esprit reste le même : un lieu où l’on apprend ensemble, sans note, sans obligation, souvent sans même s’en rendre compte.

Ce qu’on y trouve concrètement, sur un mois type dans une structure de ce genre :

Ce n’est écrit dans aucun programme officiel, et c’est peut-être pour ça que le mot déroute encore. Personne ne vous remet de diplôme en sortant d’un café-savoirs. Ce qui s’y transmet ne se mesure pas à un contrôle, mais à ce qu’on sait faire ou comprendre en repartant, qu’on soit venu seul ou en famille.

Une idée qui traverse ces deux siècles d’histoire : le savoir n’a de valeur que s’il circule, jamais s’il reste enfermé dans une salle réservée à quelques-uns.

Si vous cherchez une porte d’entrée simple, elle est souvent plus proche que vous ne le pensez : une MJC, un centre social ou une bibliothèque de votre quartier organise probablement déjà l’un de ces rendez-vous, cette semaine ou la suivante. Il suffit d’en pousser la porte, une fois, sans projet précis en tête.

Sources

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