Ce que le bénévolat apprend, et que l’école n’enseigne pas
Tenir un stand, gérer un petit budget, parler devant un groupe : le bénévolat associatif apprend des compétences réelles, aujourd’hui reconnues par un livret et un vrai diplôme.
Deux heures un samedi matin, à ranger des livres pour une brocante associative ou à accueillir des visiteurs à l’entrée d’un vide-grenier : voilà, la plupart du temps, à quoi ressemble un premier engagement bénévole. Rien de spectaculaire. Et pourtant, cette matinée-là enseigne déjà quelque chose que l’école n’a pas au programme : coopérer avec des gens qu’on n’a pas choisis, autour d’un objectif commun et concret.
Des compétences qu’on ne soupçonne pas en s’inscrivant
Organiser un événement, même petit, oblige à tenir un calendrier, répartir des tâches, prévoir ce qui peut manquer au dernier moment. Tenir la caisse d’une buvette associative, c’est déjà gérer un budget réel, avec de l’argent qui doit tomber juste en fin de journée. Présenter les activités du club devant de nouveaux adhérents, c’est s’exercer à parler devant un groupe sans notes toutes prêtes. Aucune de ces compétences n’est propre au bénévolat : elles servent partout ailleurs, dans un emploi, dans une famille, dans n’importe quel projet collectif. Ce qui change, c’est le terrain d’entraînement : personne ne note, l’erreur ne coûte rien de grave, et on apprend en marchant.
Coopérer avec des personnes très différentes de soi, par l’âge, le métier ou les habitudes, fait aussi partie du lot. Une association rassemble rarement des gens qui se ressemblent : c’est souvent sa plus grande richesse, et son premier défi. Trouver comment se répartir le travail avec quelqu’un qu’on connaît depuis une heure est un apprentissage en soi, qui ne s’enseigne dans aucun manuel.
Il faut aussi composer avec le désaccord, sans hiérarchie toute-puissante pour trancher à la place du groupe. Deux bénévoles ne s’entendent pas sur la façon de ranger le matériel après un événement ? Il faut en parler, proposer, parfois céder. Ce petit apprentissage du compromis, répété semaine après semaine, prépare à peu près à toutes les situations où l’on doit faire équipe sans lien de subordination.
Une reconnaissance qui a fini par exister
Longtemps, cette expérience restait invisible sur un CV : difficile à décrire, encore plus difficile à faire reconnaître. Les choses ont changé. Depuis 2007, l’association France Bénévolat propose le Passeport Bénévole, un livret personnel qui recense les missions accomplies et les compétences mobilisées, certifiées par les responsables des associations concernées. Ce livret est reconnu par des organismes publics comme Pôle emploi ou le ministère de l’Éducation nationale, et peut appuyer un dossier de recherche d’emploi ou de réorientation professionnelle. Rien de tout cela ne tombe automatiquement : c’est au bénévole de demander à son association de remplir ce livret au fil des missions, plutôt que d’attendre plusieurs années avant d’y penser.
Plus loin encore : la validation des acquis de l’expérience bénévole permet, depuis une loi de décembre 2022, de transformer une expérience associative en un vrai diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle, au même titre qu’une expérience salariée. Le parcours se déroule en trois temps : référencer ses missions auprès d’un organisme qui délivre la certification visée, constituer un dossier avec un livret décrivant ces expériences, puis passer un entretien devant un jury qui accorde une validation partielle ou totale. Compter six à huit mois pour l’ensemble, selon le temps qu’on y consacre, avec un accompagnement qui peut être financé jusqu’à 2 000 euros par les associations Transitions pro.
Commencer petit, pas par un conseil d’administration
La tentation, en s’engageant, est de vouloir tout de suite porter un projet entier ou intégrer une instance de décision. C’est rarement la bonne porte d’entrée. Ce qui apprend le plus, au début, c’est une mission courte et bien délimitée, répétée quelques fois, avant d’en prendre une un peu plus large. Quelques pistes qui demandent peu de temps pour commencer :
- tenir un stand ou une buvette lors d’un événement associatif
- accompagner un groupe d’enfants ou d’aînés sur une sortie déjà organisée
- distribuer des repas ou des colis dans une structure d’aide alimentaire
- aider à ranger, trier ou déménager un local associatif
- relire ou mettre en forme un document pour une petite structure
- prêter main-forte le jour d’une collecte ou d’une braderie
Chacune de ces missions se termine dans la journée. Aucune ne demande d’engagement sur l’année, ni de compétence particulière au départ.
Ce qu’on retient d’un engagement bénévole ne ressemble à aucune note de bulletin scolaire : c’est une confiance qui se construit mission après mission.
La prochaine fois qu’une association près de chez vous cherche un coup de main pour deux heures, un samedi, c’est peut-être exactement la bonne taille pour commencer : ni un engagement à vie, ni un simple geste sans suite, juste une porte qu’on entrouvre.
Sources
- Validation des acquis de l’expérience bénévole, VAEB (associations.gouv.fr) (associations.gouv.fr)
- Passeport Bénévole (France Bénévolat) (francebenevolat.org)