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Apprendre une langue à 60 ans, est-ce vraiment trop tard ?

Après 60 ans, le cerveau apprend encore une langue, plus lentement mais avec de vrais atouts. Deux études récentes montrent ce qui change avec l’âge, et ce qui ne change pas.

Vous avez passé la soixantaine, un carnet neuf posé sur la table de la cuisine, et cette question qui vous trotte dans la tête depuis des mois : et si vous appreniez enfin l’italien, ou l’espagnol, que vous remettez à plus tard depuis toujours ? La réponse tient en une phrase : non, il n’est pas trop tard. Le cerveau garde sa capacité à apprendre une langue à tout âge. Il l’apprend simplement autrement.

Un cerveau qui continue de se remodeler

La plasticité cérébrale, cette capacité du cerveau à se remodeler selon ce qu’on lui fait faire, ne s’arrête pas à un âge précis. Alice Latimier, doctorante en sciences cognitives à l’École normale supérieure, le rappelle dans un article publié par The Conversation : le cerveau reste capable de changements structurels mesurables tout au long de la vie, à condition de continuer à le solliciter.

Une équipe menée par la chercheuse Ana Inès Ansaldo a testé cette idée directement sur l’apprentissage d’une langue. Des personnes de plus de 65 ans et de jeunes adultes ont appris une centaine de mots d’espagnol sur trois semaines. Résultat rapporté par la même équipe : les temps de réponse et le nombre de bonnes réponses des personnes âgées étaient comparables à ceux des jeunes adultes. Apprendre du vocabulaire nouveau après 65 ans, ça fonctionne, et ça se mesure.

Ce qui ralentit vraiment, et ce qui tient bon

Tout ne reste pas identique avec les années, et ce serait malhonnête de le prétendre. Les temps de réaction s’allongent, la mémoire devient moins fiable dans le rappel immédiat, la perception sensorielle (entendre finement une syllabe étrangère, par exemple) se modifie avec l’âge. Ce que montre la recherche sur le vieillissement cognitif, c’est que ces pertes se compensent : les adultes plus âgés mobilisent davantage leur mémoire sémantique, tout ce qu’ils savent déjà du monde et des mots, et leur expérience personnelle, pour combler ce qui va plus lentement. Un apprentissage plus long est souvent nécessaire. Un apprentissage impossible, non.

L’atout que les enfants n’ont pas

Un adulte qui commence une langue à 60 ans possède quelque chose qu’un enfant de six ans n’a pas : une méthode. Il sait déjà comment il apprend le mieux, par les listes, par les images, par la pratique orale ou par la grammaire posée sur le papier. Il possède aussi un vocabulaire immense dans sa langue maternelle, un vrai point d’appui pour deviner le sens d’un mot nouveau. Et il choisit d’apprendre : personne ne l’y oblige, ce qui change beaucoup à la régularité qu’il va tenir dans le temps.

Le vrai obstacle, souvent, n’est pas cognitif. C’est la peur du ridicule : se tromper devant un professeur plus jeune, hésiter devant un serveur pendant les vacances, mélanger deux mots proches au marché. Cette gêne pèse moins sur un enfant, qui n’a pas encore ce filtre social, ni sur un adolescent, qui l’assume par nécessité. Un adulte, lui, peut apprendre à le desserrer volontairement : se donner le droit de mal prononcer pendant les premiers mois, comme une étape normale du chemin, pas comme un aveu de faiblesse.

Le vrai facteur décisif : le temps passé, pas la date de naissance

Une étude publiée en 2014 dans la revue Annals of Neurology, menée par le chercheur Thomas Bak et son équipe à l’université d’Édimbourg, a suivi 853 personnes testées une première fois à 11 ans en 1947, puis réévaluées environ soixante ans plus tard. Parmi elles, 65 avaient appris une seconde langue après 18 ans, donc à l’âge adulte. Ces bilingues tardifs montraient de meilleures performances que prévu sur l’intelligence générale, la vitesse de traitement et la lecture, une fois le niveau de départ pris en compte. Apprendre une langue après ses études, à 20, 40 ou 60 ans, laissait une trace mesurable des décennies plus tard.

Ce qui use un projet de langue, ce n’est presque jamais l’âge de celui qui s’y met. C’est le nombre de fois où il a remis la première leçon à demain.

À 60 ans, la question n’est plus de savoir si le cerveau peut encore apprendre une langue. Il le peut, et cela se mesure. La vraie question, c’est celle du carnet resté sur la table de la cuisine : qui va l’ouvrir, et quand.

Sources

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