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Apprendre en marchant : ce que l’audio fait vraiment bien

Un trajet, des écouteurs, un podcast : de vrais apprentissages s’y logent. Voici ce que l’oreille retient bien, ce qu’elle retient mal, et comment choisir quoi écouter.

Le trajet du matin, la vaisselle, la marche jusqu’à l’arrêt de bus : des minutes qui filent sans qu’on y pense, et qu’un podcast peut transformer sans effort particulier. Pas besoin de s’asseoir, de sortir un cahier, ni même de regarder un écran. Juste des écouteurs et une voix qui raconte, explique ou interroge. Reste à savoir ce que cette voix nous apprend vraiment, et ce qu’elle ne peut pas nous apprendre.

L’oreille se forme, à condition de s’entraîner

Pour une langue étrangère, l’écoute régulière construit quelque chose que la lecture seule ne construit pas : la reconnaissance des sons, du rythme, des liaisons. Une étude menée par Stéphanie Roussel, Angelika Rieussec, Jean-Luc Nespoulous et André Tricot, publiée en 2008 dans la revue Alsic, a comparé des collégiens qui écoutaient un texte en allemand à leur propre rythme, avec la possibilité de faire pause et de revenir en arrière, à d’autres qui l’écoutaient deux fois de suite sans contrôle sur le déroulement. Les élèves qui maîtrisaient le déroulé de l’écoute ont retenu en moyenne 21,5 % des informations du texte, contre 12,5 % pour l’écoute imposée : la possibilité de reprendre un passage mal compris, exactement ce qu’un podcast permet d’un geste du pouce, change concrètement ce qu’on en garde.

Ce résultat éclaire pourquoi le podcast rend service à qui veut progresser dans une langue ou simplement muscler son oreille sur des sujets nouveaux : ce n’est pas la quantité d’écoute seule qui compte, c’est la possibilité de la reprendre en main. Un podcast qu’on peut ralentir, réécouter, mettre sur pause pour laisser une idée se poser, travaille mieux qu’une émission qu’on subit d’une traite.

Ce qui passe bien à l’oreille, ce qui réclame du papier

Tous les contenus ne se valent pas une fois transformés en son. Un récit, un entretien, un épisode d’histoire qui raconte une suite d’événements se suivent très bien à l’oreille, parce que l’attention avance au même rythme que le fil du propos. Une formule mathématique, un schéma anatomique ou une étape de recette qui demande de mesurer précisément se prêtent beaucoup moins bien à l’exercice : rien n’existe à quoi revenir des yeux, et la mémoire de travail doit tout retenir en l’air, sans support. Pour ce genre de contenu, mieux vaut garder le podcast pour l’introduction du sujet, et revenir à un support écrit pour la partie qui a vraiment besoin d’être vue.

Une voix raconte très bien un chemin. Elle dessine beaucoup moins bien un schéma.

Choisir en regardant qui parle

Devant l’offre immense de podcasts, le repère le plus simple reste de regarder qui édite le contenu. Les radios publiques françaises produisent, sous des formats variés, des séries qui traitent d’histoire, de sciences ou d’idées avec des invités identifiables et un travail éditorial vérifiable. France Culture, la radio culturelle du service public, a par exemple enregistré 1,68 million d’auditeurs quotidiens lors de la saison 2021-2022, sa meilleure audience en vingt ans, et ses téléchargements de podcasts sont passés de 24,2 millions en janvier 2019 à 46,6 millions l’été suivant, signe d’un usage qui s’est largement déplacé vers l’écoute à la demande. Les universités et certaines institutions publiques publient elles aussi des conférences et des entretiens en podcast, une autre porte d’entrée fiable quand on cherche à apprendre plutôt qu’à se divertir.

Un critère simple aide à trier rapidement : le podcast dit-il d’où viennent ses informations et qui a préparé l’épisode ? Une émission qui cite ses sources et présente ses invités mérite davantage de confiance qu’une voix anonyme qui affirme sans jamais dire d’où elle tient ce qu’elle raconte.

Des moments qui, sinon, se perdent

L’autre force du format tient à l’endroit où il se glisse : ces minutes de trajet, de tâches répétitives ou d’attente qui ne se prêtent à rien d’autre. Elles ne remplaceront jamais un apprentissage qui demande de la concentration pleine et un cahier ouvert, mais elles cessent d’être du temps perdu. Quinze minutes de marche transformées en un peu d’allemand entendu, un peu d’histoire racontée ou une question scientifique posée simplement : ce n’est pas un apprentissage complet, c’est un apprentissage qui s’ajoute, sans rien retirer au reste de la journée.

Il n’y a rien à forcer dans cette habitude : elle tient justement parce qu’elle se pose sur un moment qui existait déjà. Le trajet aurait eu lieu de toute façon, la vaisselle aussi. Un podcast bien choisi ne rajoute pas une tâche à la journée, il change simplement ce qui se passe dans la tête pendant une tâche qui, sinon, n’occupait que les mains.

Sources

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