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Du gribouillage à l’écriture : à quel âge, quelles étapes ?

Un grand trait de feutre qui déborde de la feuille n’est pas un dégât : c’est le tout premier stade d’un chemin qui mène, des années plus tard, à l’écriture.

Un enfant de deux ans attrape un feutre à pointe large et trace un grand geste qui commence sur la feuille et finit sur la table. L’adulte, réflexe classique, s’apprête à corriger : « fais attention, reste sur la feuille ». Rien de tout cela n’est un dérapage à rattraper. C’est, très précisément, le premier stade d’un chemin qui mène, des années plus tard, à une signature bien formée sur un cahier.

Le gribouillage : un geste qui n’a encore rien à prouver

Un document pédagogique diffusé par une circonscription de l’académie de Normandie décrit ce premier stade sans détour : des mouvements impulsifs et non contrôlés, l’outil tenu à pleine main plutôt qu’entre les doigts, des traces qui peuvent largement dépasser l’espace de la feuille, et l’œil qui suit le tracé plutôt que de le prévoir. À cet âge, l’enfant ne cherche pas encore à représenter quoi que ce soit de précis : le mouvement vient du bras entier, pas encore du poignet.

L’organisation américaine Zero to Three, spécialisée dans la petite enfance, insiste sur ce qui pousse un tout-petit à continuer : le plaisir sensoriel du geste lui-même, la sensation du crayon, la texture de la peinture. C’est en répétant ce geste que l’enfant découvre un lien qui n’a rien d’évident pour lui : sa main qui bouge produit une trace sur le papier. Cette découverte du lien entre le geste et la marque qu’il laisse est, à elle seule, un petit exploit cognitif.

Les premières formes, puis les premiers bonshommes

Vient ensuite ce que le même document appelle le stade de la conscience de la forme. La prise de l’outil évolue vers une prise en pince, le mouvement se déplace de l’épaule vers le coude puis le poignet, et des cercles plus ou moins fermés commencent à apparaître, avec un début de contrôle du point de départ et du point d’arrivée du tracé. C’est à ce stade que naissent les fameux bonshommes têtards : une tête, deux jambes qui en partent directement, parfois un soleil et une maison à côté. Le dessin reste souvent moins organisé qu’il n’y paraît (l’enfant remplit les vides plus qu’il ne compose), mais l’intention de représenter quelque chose de reconnaissable est bien là.

Vers la maîtrise du tracé, et l’esquisse de l’écriture

Le troisième stade rapproche enfin le dessin de l’écriture. La pression sur l’outil se contrôle mieux, les gestes se miniaturisent, la coordination entre l’épaule, le coude et le poignet s’affine. Le graphisme se dédouble en deux voies parallèles : une voie figurative, qui va vers un dessin de plus en plus détaillé, et une voie non figurative, faite de zigzags, de spirales, de créneaux, qui prépare directement les mouvements de l’écriture. C’est aussi le moment des premières esquisses d’écriture concrètes : copier des lettres, tracer son prénom, expliquer son dessin par des mots. Le geste, à force de répétition, s’automatise.

Un gribouillis qui déborde de la feuille n’est pas un dessin raté : c’est un geste qui apprend, encore, où sont ses propres limites.

Ce qu’un gribouillis « raté » construit vraiment

Ce que Zero to Three rappelle aussi, c’est que ce travail répété d’un crayon tenu et déplacé bâtit, dans le cerveau, des circuits qui serviront ensuite à l’écriture manuscrite, puis à d’autres gestes fins de coordination. Un trait qui sort du cadre, un cercle qui ne se referme pas, un bonhomme sans corps : rien de tout cela ne signale un retard. C’est le matériau brut sur lequel le geste précis se construit peu à peu, à son propre rythme, qui varie beaucoup d’un enfant à l’autre.

Le grand trait qui a fini sur la table finira, un jour, par tenir sagement dans les lignes d’un cahier. En attendant, chaque gribouillis fait déjà son travail, un peu comme les fondations d’une maison qu’on ne verra jamais une fois les murs montés. Personne ne demande à des fondations d’être belles : on leur demande d’être là, solidement, avant que le reste vienne s’appuyer dessus.

Sources

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