Pourquoi abandonne-t-on presque tous les cours en ligne gratuits ?
Neuf inscrits sur dix ne finissent pas un cours en ligne gratuit. Voici ce que la recherche dit de l’abandon, et ce qui aide vraiment à aller au bout.
Un soir de janvier, vous vous êtes inscrit à ce cours en ligne. Vous aviez lu le programme deux fois, coché la case, presque fier de vous. Trois semaines plus tard, l’onglet dort au fond d’un signet, quelque part entre une recette de dimanche et un article jamais lu. Si ça vous parle, vous n’êtes ni paresseux ni exceptionnel : vous venez de vivre le sort commun de la quasi-totalité des inscrits à un cours en ligne gratuit.
Un abandon massif, et normal
Des chercheurs de l’EPF, école d’ingénieurs, rappellent dans The Conversation que le taux de rétention moyen des cours en ligne ouverts à tous se situe entre 5 et 10 %. Autrement dit, sur cent personnes qui s’inscrivent, entre neuf et quatre-vingt-quinze n’iront jamais jusqu’au bout. Ce chiffre choque la première fois qu’on le lit, puis il rassure : l’abandon n’est pas le signe d’un manque de volonté personnelle, c’est la mécanique ordinaire du format.
La gratuité explique une bonne part du phénomène. Un cours payant engage un peu d’argent, donc un peu de remords à l’idée de laisser tomber. Un cours gratuit ne coûte rien à commencer, et rien non plus à interrompre. On s’inscrit par curiosité un soir, sans avoir vraiment mesuré les heures que la suite va demander, et la vie reprend le dessus dès la semaine suivante.
Ce qui distingue ceux qui vont au bout
Une revue scientifique publiée en 2022 par Umair Uddin Shaikh et Zaheeruddin Asif a rassemblé les facteurs qui séparent, dans la littérature de recherche, les apprenants qui persévèrent de ceux qui arrêtent en cours de route. Trois familles de facteurs ressortent nettement : la capacité de l’apprenant à s’organiser dans le temps sans qu’on le lui impose, la clarté du cours lui-même (des consignes nettes, un contenu bien structuré) et la qualité du retour reçu, un feedback rapide et encourageant plutôt qu’un silence numérique. Le troisième facteur, souvent sous-estimé, est le sentiment d’appartenir à un groupe d’apprentissage plutôt que de fixer un écran seul un mardi soir.
Aucun de ces trois facteurs ne dépend d’un talent particulier. Ils dépendent d’un contexte qu’on peut, en grande partie, se fabriquer soi-même avant même d’ouvrir la première leçon.
- Un objectif daté, écrit quelque part : pas « je vais apprendre l’espagnol » mais « je termine le module 3 le 15 septembre ».
- Un créneau fixe dans la semaine, accroché à une habitude déjà là : après le café du matin, pendant le trajet, jamais « quand j’aurai le temps ».
- Un binôme, même informel : quelqu’un à qui dire où on en est, qui pose la question qui dérange un peu.
- Un projet concret qui a besoin du cours tout de suite : la recette qui exige ce point de grammaire, le CV qui réclame ce logiciel, pas un savoir stocké pour plus tard.
Un cours choisi à moitié se termine, presque toujours, à moitié.
Choisir moins pour finir plus
Le réflexe le plus répandu, devant l’offre immense de cours gratuits, est d’en ouvrir plusieurs à la fois : un peu de code, un peu d’histoire de l’art, un peu de photographie. Chacun grignote l’attention des autres, et aucun ne reçoit assez d’heures pour produire un résultat qui donne envie de continuer. Un seul cours, choisi parce qu’il répond à un besoin précis du moment, a beaucoup plus de chances d’aller au bout qu’une bibliothèque d’onglets ouverts par optimisme.
Il vaut aussi la peine de vérifier, avant de s’engager, que le programme correspond vraiment à ce qu’on cherche : un module d’introduction n’apporte pas la même chose qu’un cours technique poussé, et se tromper de niveau est l’une des façons les plus sûres de décrocher à la troisième leçon.
Le droit de butiner, assumé
Tout le monde ne veut pas un certificat au bout du chemin. Regarder les deux premières vidéos d’un cours pour comprendre un principe, feuilleter un chapitre pour répondre à une question précise, puis refermer l’onglet sans remords : ce butinage a sa propre valeur, tant qu’on ne le confond pas avec l’objectif qu’on s’était fixé au départ. La déception ne vient pas de l’abandon en lui-même, elle vient de l’écart entre ce qu’on voulait faire et ce qu’on a fait. Nommer honnêtement, dès le début, ce qu’on attend du cours (finir un parcours complet ou simplement piocher une réponse) évite bien des « échecs » qui n’en étaient pas vraiment.
La prochaine fois que vous ouvrirez un cours en ligne gratuit, gardez ce chiffre en tête : neuf personnes sur dix ne le finiront pas, et ce n’est la faute de personne en particulier. La question qui compte n’est pas de battre cette moyenne à tout prix, c’est de savoir, avant de cliquer sur « s’inscrire », dans quel camp vous avez sincèrement l’intention de vous ranger.
Sources
- Deux pistes pour réinventer les MOOC (The Conversation) (theconversation.com)
- Persistence and Dropout in Higher Online Education: Review and Categorization of Factors (PMC) (pmc.ncbi.nlm.nih.gov)