Apprendre ensemble : la force tranquille des groupes d’entraide
Club de lecture, groupe de conversation, entraide aux devoirs : apprendre à plusieurs tient à un rendez-vous fixé, une bonne taille de groupe et un format simple.
Vous vous êtes déjà inscrit à quelque chose tout seul, plein de bonne volonté, avant de laisser tomber au bout de trois semaines. Un cours de langue en ligne, un livre qu’on voulait finir, une méthode de révision commencée avec ardeur un dimanche soir. Puis plus rien : le carnet reste ouvert à la même page, personne pour vous demander où vous en êtes. Un groupe d’entraide règle ce problème d’une façon presque banale : il fixe un rendez-vous, et un rendez-vous, ça engage bien plus qu’une bonne résolution prise seul dans son salon.
Ce qu’un groupe apporte, qu’on n’a pas seul
L’idée n’est pas neuve. Au XVIIIe et au XIXe siècle, les classes dites mutuelles faisaient déjà travailler les élèves les plus avancés avec les plus jeunes, à partir de consignes claires et d’un rôle donné à chacun. L’enseignement entre pairs n’a donc rien d’une mode récente : c’est une des plus vieilles façons d’apprendre à plusieurs, redécouverte à chaque génération.
Ce que le groupe apporte concrètement, on le sent surtout quand il manque. La question d’un autre participant, parfois maladroite, oblige à reformuler ce qu’on croyait avoir compris, et cette reformulation vaut souvent plus qu’une explication reçue passivement. Le rendez-vous fixé, lui, transforme un vague projet en engagement envers d’autres personnes : on annule moins facilement une séance de groupe qu’un rendez-vous qu’on avait pris avec soi-même. Et surtout, personne ne décroche seul dans son coin : un participant qui a manqué une séance ou qui bloque sur un point retrouve les autres la fois suivante, au lieu d’abandonner discrètement, ce qui arrive très souvent en solitaire.
La bonne taille, et pourquoi plus n’est pas mieux
Un groupe d’entraide trop grand perd vite ce qui faisait sa force. Un article publié dans The Conversation sur l’apprentissage entre pairs à l’université recommande de composer des cercles de six personnes maximum, avec des contenus segmentés en séquences courtes, de moins de quinze minutes, pour garder chacun impliqué. Au-delà, la parole se concentre sur quelques-uns, et les plus discrets se contentent d’écouter, exactement ce qu’on cherchait à éviter en montant le groupe.
Ce plafond rejoint une observation plus ancienne encore. Dès 1882, l’ingénieur agronome français Max Ringelmann avait mesuré, en faisant tirer des cordes à des groupes de tailles différentes, que l’effort individuel fourni diminuait à mesure que le groupe grossissait : à huit personnes, chacun ne tirait plus qu’à environ la moitié de sa force maximale. Ce phénomène, connu depuis sous le nom de paresse sociale, ne parle pas que de corde à tirer : dans un groupe trop nombreux, chacun se dit, souvent sans s’en rendre compte, qu’un autre posera la question ou préparera le prochain chapitre à sa place.
Des formats qui tiennent, à copier ou à adapter
Trois ou quatre personnes, un rendez-vous fixe, un objectif modeste par séance : c’est à peu près tout ce qu’il faut pour lancer un groupe qui dure. Quelques formats déjà éprouvés, selon ce qu’on veut apprendre :
- le club de lecture, un livre choisi à l’avance, une heure de discussion autour d’un café
- le groupe de conversation dans une langue étrangère, chacun apportant un sujet du jour
- l’entraide aux devoirs entre élèves d’une même classe, une fois par semaine, chacun expliquant sa partie aux autres
- le groupe de révision d’un examen, avec un chapitre réparti par personne et restitué oralement aux autres
- le cercle d’écriture, un texte court apporté chaque fois et lu à voix haute
Le point commun de ces formats n’est pas leur sujet, mais leur régularité : mieux vaut une petite séance chaque semaine qu’une grande réunion mensuelle qui finit par sauter.
Un groupe d’entraide ne convient pas forcément à tout le monde, et c’est normal. Certaines personnes avancent mieux seules, au calme, sans avoir à composer avec le rythme des autres. La seule façon honnête de le savoir est d’essayer deux ou trois séances avant de juger, plutôt que de se fier à une intuition de départ. Rien n’empêche non plus de mêler les deux : une préparation solitaire dans la semaine, puis un rendez-vous collectif pour mettre à l’épreuve ce qu’on a compris.
Un groupe qui apprend ensemble ne remplace jamais l’effort personnel : il le rend simplement moins solitaire, et souvent plus tenable dans la durée.
Avant de créer votre propre groupe, regardez ce qui existe déjà près de chez vous : une bibliothèque qui anime un club de lecture, une association qui propose un café des langues, des élèves d’une même classe qui pourraient très bien s’organiser eux-mêmes. Un rendez-vous qui existe déjà est toujours plus facile à rejoindre qu’un rendez-vous à inventer de toutes pièces.
Sources
- Changer les cours : et si les étudiants apprenaient les uns des autres ? (The Conversation, Diane Lenne, 2019) (theconversation.com)
- Paresse sociale (Wikipédia) (fr.wikipedia.org)