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Faut-il corriger les devoirs de son enfant, ou le laisser se tromper ?

Corriger une faute semble rendre service, mais ça prive souvent l’enfant et le professeur d’une information utile. Voici pourquoi guider vaut mieux que corriger.

Un exercice de conjugaison, une faute qui saute aux yeux, et le stylo rouge qui hésite au-dessus de la page. La corriger prend trois secondes. Ne pas la corriger demande, elle, un peu plus de patience : relire la consigne à voix haute, demander « comment tu ferais, toi », et attendre que l’enfant trouve. La première option soulage tout de suite la soirée. La seconde sert l’apprentissage. Ce sont rarement les mêmes.

L’envie de corriger part d’une bonne intention : on veut que le cahier soit propre, que le professeur voie un travail réussi, qu’il n’y ait pas de mauvaise surprise le lendemain. Sauf qu’un cahier toujours parfait ne dit plus rien à personne. Ni à l’enfant, qui n’a pas eu l’occasion de buter puis de comprendre. Ni au professeur, qui a justement besoin de voir où ça coince pour ajuster son cours.

L’erreur qui parle, si on la laisse parler

En pédagogie, l’erreur n’est plus regardée comme une faute à effacer au plus vite. Elle est traitée comme une information sur ce que l’élève a compris de travers, une connaissance encore incomplète sur laquelle la bonne réponse va pouvoir se construire, comme le rappelle l’article consacré à la question sur Wikipédia. C’est précisément cette information que le professeur perd si le devoir arrive déjà corrigé : il ne voit plus l’endroit exact où l’enfant a buté, seulement le résultat lissé.

Ce n’est pas un détail de spécialiste. Un enfant qui se trompe trois fois sur le même accord, puis qui finit par le trouver seul après une relecture, retient bien mieux la règle qu’un enfant à qui on l’a soufflée dès la première hésitation. La règle apprise en la cherchant tient plus longtemps que la règle reçue toute faite.

Ce que montre une aide trop présente

La psychologue Judith Locke, de la Queensland University of Technology, a étudié ce que devient l’aide parentale en grandissant, dans un article publié sur The Conversation en 2016. Elle constate que dès l’âge de neuf ans, les enfants commencent à voir l’implication de leurs parents dans les devoirs comme un signe de leur propre incompétence, et non plus comme un coup de main bienvenu. Chez les adolescents, écrit-elle, cette implication devient carrément préjudiciable aux résultats : le jeune a besoin d’apprendre à porter seul le poids de son travail scolaire, une responsabilité qu’une aide trop présente lui retire sans le vouloir.

Judith Locke ne dit pas qu’il faut disparaître du salon pendant les devoirs. Elle recommande, mot pour mot, de « se contenter de lui donner des conseils et de ne pas faire les choses à sa place », et, avec un enfant plus âgé, de lui demander de formuler lui-même précisément sa question plutôt que de la deviner à sa place. C’est toute la nuance : rester disponible, sans reprendre la main sur le travail.

Une réponse donnée ferme un problème. Une question posée en ouvre la compréhension.

Des questions à la place des réponses

Concrètement, ça se joue dans les mots qu’on choisit face à un exercice qui bloque. Plutôt que d’annoncer la solution, quelques phrases suffisent à relancer l’enfant sans le décourager.

Ces questions ne demandent aucune compétence particulière dans la matière : elles marchent aussi bien pour une dictée que pour un problème de mathématiques. Elles renvoient l’enfant vers ses propres ressources (la consigne, la leçon, un exercice déjà fait) plutôt que vers la mémoire du parent.

La posture d’un entraîneur, pas d’un correcteur

Un entraîneur sportif ne court pas la course à la place de l’athlète : il observe, corrige un détail de posture, encourage, et laisse l’effort se faire. C’est cette place qu’on peut viser aux devoirs. Rester à côté, regarder comment l’enfant s’y prend, signaler une piste sans donner l’arrivée. Et accepter, certains soirs, qu’un exercice reparte à l’école avec une erreur dedans : c’est souvent la meilleure chose qui pouvait lui arriver, parce qu’elle dit au professeur exactement où reprendre la main.

Il reste des soirs où l’enfant est fatigué, où la question posée ne mène nulle part, où donner un petit indice évite que tout s’effondre en larmes. Ce n’est pas un échec de la méthode : c’est un ajustement raisonnable. L’idée n’est pas de devenir intransigeant sur chaque virgule, mais de se souvenir, la plupart du temps, qu’une erreur laissée en place travaille souvent plus pour l’enfant qu’une erreur effacée trop vite.

Sources

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