Que peut-on vraiment faire, gratuitement, dans une bibliothèque ?
Presse, ordinateurs, ateliers, jeux, parfois des graines à échanger : la bibliothèque offre bien plus que des livres, sans rien demander en retour.
Vous poussez une porte vitrée sans savoir précisément ce que vous cherchez, et personne ne vous demande votre projet. C’est la première chose que la bibliothèque offre : le droit d’entrer sans justification. On continue de penser au rayon de livres qu’on emprunte pour trois semaines, alors que ce que le lieu propose aujourd’hui va largement au-delà de ce rayon.
En 2016, le ministère de la Culture a interrogé les Français sur leurs usages des bibliothèques municipales. Résultat : 87 % des personnes de 15 ans et plus déclaraient les avoir fréquentées au moins une fois dans leur vie, et 40 % au cours des douze derniers mois qui précédaient l’enquête. Le détail des usages dit beaucoup : 51 % lisaient des livres sur place, mais 26 % venaient pour la presse, 17 % pour une exposition, et 43 % des visites incluaient un usage numérique (consulter le catalogue en ligne, utiliser un ordinateur, se connecter au wifi). La lecture reste centrale, mais elle n’est déjà plus, depuis longtemps, la seule raison d’y aller.
Au-delà du rayon de livres
Beaucoup de réseaux donnent accès, sur place ou depuis chez vous avec votre carte, à des journaux et des magazines en version numérique, à des plateformes d’autoformation en langues ou en bureautique, ou à des permanences d’aide aux démarches administratives tenues par des bénévoles ou des travailleurs sociaux. Pour quelqu’un qui n’a pas d’ordinateur ou pas de connexion chez lui, l’ordinateur public et le wifi de la bibliothèque ne sont pas un supplément : c’est parfois le seul accès à une administration qui fonctionne désormais surtout en ligne. Certaines bibliothèques prêtent des outils, accueillent des cours de conversation en langue étrangère, ou réservent un créneau à une association du quartier qui n’a pas de local à elle. Le détail varie énormément d’un réseau à l’autre : une médiathèque de grande ville et la petite bibliothèque d’un village ne proposent pas la même liste, et la seule façon fiable de savoir ce qui existe près de chez vous reste de demander à l’accueil. La liste complète ne tient jamais sur une affiche, et le personnel la connaît mieux que n’importe quel site.
Des jeux, et parfois des graines
Certaines bibliothèques abritent une grainothèque : un espace d’échange où l’on dépose des graines de légumes ou de fleurs récoltées chez soi, et où l’on peut en emporter d’autres sans rien devoir en retour. Le principe tient en une phrase simple : pas de date de retour, juste l’espoir qu’une prochaine récolte reviendra nourrir le bac commun. D’autres réseaux prêtent des jeux de société au même titre que des romans, organisent une heure du conte le mercredi, ou ouvrent une salle pour un club de lecture. Ce qui existe dépend beaucoup du réseau local, raison de plus pour aller voir sur place plutôt que de deviner depuis chez vous.
- la presse et les magazines, sur place ou en ligne avec votre carte
- des ordinateurs et une connexion, sans rien à installer
- des ateliers et des permanences d’aide (démarches, langue, numérique)
- des jeux de société à emprunter comme un livre
- parfois une grainothèque, pour échanger des graines de jardin
- une salle pour un groupe, un club ou une association locale
Entrer sans payer n’est pas un détail
L’inscription qui donne le droit d’emprunter est gratuite dans une majorité de réseaux municipaux, et l’accès sur place à tout le reste (presse, ordinateurs, animations, expositions) l’est presque toujours, carte ou pas. L’Association des bibliothécaires de France, qui défend ce principe depuis des années, l’estime à au moins 5 % l’augmentation du taux d’inscription observée dans l’année qui suit le passage d’un réseau à la gratuité totale. Un chiffre qui dit une chose simple : la moindre barrière, même symbolique, tient des gens à distance d’un lieu qui pourtant ne leur demande rien.
Une bibliothèque qui ne sert qu’à emprunter des livres est une bibliothèque qu’on visite à moitié.
Reste que la moitié restante ne se devine pas depuis la rue. Rien, sur la façade, ne dit qu’il y a une permanence d’aide aux démarches le jeudi, un bac de graines près de la fenêtre, ou une collection de jeux dans la salle du fond. Le meilleur moment pour le découvrir n’est pas celui où vous avez besoin d’un livre précis. C’est un mercredi après-midi sans projet, la carte d’identité en poche pour l’inscription, et dix minutes passées à lire les affiches près de l’accueil. Ce qui s’y trouve a de bonnes chances de vous surprendre, et vérifier ne coûte rien.
Sources
- 40% des Français fréquentent une bibliothèque municipale, mais pas forcément pour lire (Banque des Territoires) (banquedesterritoires.fr)
- La bibliothèque gratuite, on a tout à y gagner (Association des Bibliothécaires de France) (abf.asso.fr)
- Grainothèque (Wikipédia) (fr.wikipedia.org)