La ludothèque : c’est quoi, et comment ça marche ?
Une ludothèque prête des jeux comme une bibliothèque prête des livres : adhésion modeste, emprunt de boîtes, et un lieu où perdre une partie s’apprend aussi.
Un jeu de société neuf coûte cher, prend de la place dans un placard, et un enfant peut s’en lasser en une semaine. Ailleurs, dans plusieurs centaines de lieux à travers le pays, on peut emprunter ce même jeu comme on emprunte un roman : le garder quelques semaines, le rapporter, en choisir un autre. Ce lieu porte un nom précis, une ludothèque, et beaucoup de familles ignorent qu’il en existe peut-être une à deux pas de chez elles.
Une ludothèque est, selon la définition posée par l’Association des Ludothèques Françaises, un équipement culturel associatif ou public qui met des jeux et des jouets à disposition de ses membres, avec un espace pour y jouer sur place. La toute première a ouvert en France en 1967. L’association qui fédère aujourd’hui la plupart d’entre elles est née en 1979 et regroupe près de 800 structures, selon l’encyclopédie collaborative Wikipédia. Certaines occupent un local à elles, d’autres logent dans un centre social, une maison de quartier ou une bibliothèque : le principe ne change pas d’un toit à l’autre.
Derrière les étagères, le classement n’a rien d’un rangement au hasard. Beaucoup de ludothèques organisent leur collection selon un système appelé ESAR, mis au point à la fin des années 1970 par la chercheuse Denise Garon et repris depuis par la plupart des réseaux francophones, rapporte Wikipédia. Il range les jeux en quatre grandes familles : les jeux sensoriels et moteurs, les jeux d’imitation et de fiction, les jeux de construction, et les jeux à règles. Ce classement n’intéresse pas que les professionnels : il aide aussi une famille à trouver, en quelques minutes, le rayon qui correspond vraiment à l’âge et à l’humeur du jour, plutôt que de fouiller au hasard.
Une adhésion, un choix immense de boîtes
S’inscrire ressemble beaucoup à une inscription en bibliothèque : une pièce d’identité, un justificatif de domicile, une cotisation annuelle qui reste modeste et varie d’une structure à l’autre. Cette adhésion ouvre deux portes à la fois : jouer sur place, gratuitement, aussi longtemps qu’on veut, et repartir avec des boîtes à essayer à la maison. De quoi tester un jeu de stratégie qui a l’air trop compliqué en rayon, un jeu coopératif pour les plus petits, ou ce classique que toute la famille recommande, sans jamais l’acheter si finalement il ne convient pas.
Ce qu’une partie apprend sans en avoir l’air
Un plateau et quelques règles à respecter suffisent à faire travailler beaucoup de choses en même temps. Le site Naître et grandir, publié par la Fondation Lucie et André Chagnon, une fondation québécoise à but non lucratif dédiée à la réussite éducative des enfants, résume ce que le jeu de société développe : l’attention, la mémoire, le raisonnement logique, l’observation, et le langage, dès qu’il faut nommer une carte, décrire un coup ou négocier un tour. S’y ajoute une compétence moins citée et pourtant décisive : accepter de perdre, encaisser la déception d’un tour raté, attendre que l’autre joue sans lui couper la parole.
Ces apprentissages suivent l’âge plutôt qu’un programme fixe. Vers deux ans, une partie de loto ou de dominos dure quelques minutes et travaille surtout l’observation. Entre trois et cinq ans, les jeux coopératifs, où l’on gagne ou perd tous ensemble contre le jeu lui-même, limitent la frustration d’un enfant qui digère encore mal la défaite. Vers cinq ans, la compétition et les jeux de rapidité commencent à plaire pour de bon ; à partir de six ou sept ans, la lecture installée et la concentration qui s’allonge ouvrent la porte à des règles plus complexes.
Perdre une partie, à la ludothèque, s’apprend aussi tranquillement qu’on l’oublie partout ailleurs.
Jouer à plusieurs générations, sans rien acheter
La ludothèque ne s’adresse pas qu’aux enfants. Beaucoup organisent des après-midi ouverts à tous, où un grand-parent, un adolescent et un enfant de six ans se retrouvent autour de la même table, sur des jeux pensés justement pour mélanger les âges. C’est aussi l’endroit où emprunter la boîte compliquée qu’on n’ose pas acheter sans l’avoir essayée, ou celle, immense et chère, qu’on ressort une fois par an pour une soirée entre amis. Wikipédia décrit ces lieux comme des « tiers-lieux » : ni la maison, ni l’école, un endroit neutre où le lien se tisse par le jeu, quel que soit l’âge ou le milieu de chacun.
Reste à savoir laquelle existe près de chez soi. Une mairie, un centre social ou une bibliothèque sait en général répondre, et l’Association des Ludothèques Françaises tient un annuaire pour orienter la recherche. La première visite ne demande rien de plus qu’une pièce d’identité et une heure disponible un mercredi après-midi : le reste, la boîte qu’on choisira ce jour-là, se décide devant l’étagère.
Sources
- Définition de la ludothèque (Association des Ludothèques Françaises) (kananas.com)
- Ludothèque (Wikipédia) (fr.wikipedia.org)
- Les jeux de société (Naître et grandir) (naitreetgrandir.com)