Combien de temps faut-il vraiment pour parler une langue ?
La réponse dépend d’abord de ce que « parler » veut dire : se débrouiller, converser ou travailler dans la langue ne demandent pas du tout les mêmes heures.
« Combien de temps pour parler anglais ? » La question paraît simple, elle ne l’est pas : tout dépend de ce qu’on met derrière le mot « parler ». Commander un café en vacances, tenir une conversation avec des amis, ou négocier un contrat dans la langue : ce ne sont pas trois versions de la même compétence, ce sont trois objectifs différents, qui ne demandent ni le même temps ni la même méthode.
D’abord, choisir ce qu’on vise
Le cadre européen de référence pour les langues distingue plusieurs paliers, du niveau A1, qui permet de se débrouiller dans des situations très simples, au niveau C2, proche de l’aisance d’une langue maternelle. Se fixer un objectif flou (« je veux parler espagnol ») ne mène nulle part de précis ; se fixer un palier (« je veux tenir une conversation de vacances d’ici l’été », ce qui correspond à peu près à un niveau A2 ou B1) donne un cap concret, et une façon de savoir si on l’a atteint.
Des heures, pas des mois
Le Cours de civilisation française de la Sorbonne, qui enseigne le français à des étrangers depuis plus d’un siècle, publie un tableau de repère entre les niveaux et le nombre d’heures d’apprentissage habituellement nécessaires pour les atteindre en partant de zéro : autour de 90 à 100 heures pour le niveau A1, 180 à 200 heures pour le A2, 350 à 400 heures pour le B1, 500 à 600 heures pour le B2, et jusqu’à 1000 heures ou plus pour les niveaux C1 et C2. Le site précise aussitôt une limite honnête : ces chiffres varient beaucoup selon l’intensité des études, un cours intensif de plus de vingt heures par semaine faisant progresser bien plus vite qu’une heure hebdomadaire étalée sur des années.
Ce sont des heures d’apprentissage actif, pas des mois calendaires. Deux personnes visant le même niveau B1 peuvent y arriver l’une en six mois à raison de quinze heures par semaine, l’autre en trois ans à raison d’une heure. Le total d’heures compte plus que la date sur le calendrier. Et ces heures ne se limitent pas à un cours au sens strict : une conversation tenue avec un partenaire d’échange, une série suivie en version originale ou une demi-heure de lecture comptent, tant qu’elles font vraiment travailler la langue plutôt que de simplement l’effleurer.
La proximité entre langues change tout
Ces ordres de grandeur ne valent que pour une langue d’une certaine distance par rapport à la sienne. Le Foreign Service Institute, qui forme les diplomates américains, classe les langues en catégories selon leur proximité avec l’anglais, telles que les recense la plateforme Wikibooks : le français, l’espagnol, l’italien ou le néerlandais demandent autour de 600 à 750 heures de cours pour atteindre un niveau professionnel courant, quand le russe ou le turc en réclament environ 1100, et que le mandarin, le japonais ou l’arabe en demandent près de 2200, soit environ trois fois plus que les langues les plus proches. La raison tient au vocabulaire partagé, à la grammaire qui se ressemble ou non, et parfois à un système d’écriture entièrement différent à apprendre en plus des mots.
Le temps qu’il faut pour parler une langue se compte en heures vécues dans cette langue, pas en années passées à y penser.
Pour un francophone, ces catégories se lisent presque à l’identique en changeant la langue de départ : l’espagnol ou l’italien demandent peu d’heures tant le vocabulaire et la grammaire se recoupent, l’anglais ou l’allemand un peu plus, et une langue sans alphabet latin ni vocabulaire commun, comme le japonais ou l’arabe, en demande nettement davantage. Ce n’est décourageant que si l’objectif reste vague : rapporté à un palier précis et à un rythme réel, le nombre d’heures devient un simple calcul, pas un mur.
- Choisir un palier concret plutôt qu’un vague « parler couramment » : se débrouiller en vacances, tenir une conversation, ou travailler dans la langue.
- Compter ses heures réelles d’exposition et de pratique, pas seulement les heures de cours : lecture, écoute, conversation comptent toutes.
- Se donner une date, réaliste au vu du rythme hebdomadaire tenu, plutôt qu’un horizon flou.
- Revoir l’objectif à la hausse une fois le premier palier atteint, plutôt que d’en fixer un trop grand dès le départ.
Il n’y a donc pas une réponse unique à « combien de temps pour parler une langue », mais une équation à trois inconnues qu’on peut poser soi-même : quel niveau on vise, quelle langue de départ, et combien d’heures on peut vraiment y consacrer chaque semaine. Une fois ces trois chiffres posés, le temps qu’il faudra devient une estimation, pas un mystère.