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Les universités populaires : où suivre des cours gratuits sans diplôme ?

Nées d’un typographe militant en 1898, les universités populaires proposent aujourd’hui des cours et des conférences ouverts à tous, sans diplôme exigé à l’entrée.

Pas de dossier à monter, pas de bac à présenter, pas d’âge limite : dans une université populaire, on s’inscrit à un cours comme on s’inscrit à un club de sport. Le nom prête à confusion, ce n’est ni une université au sens où l’on décernerait des diplômes, ni un lieu réservé à un public précis. C’est une association, et c’est justement ce qui explique pourquoi elle existe depuis plus d’un siècle.

Les lois de Jules Ferry, en 1881 et 1882, avaient rendu l’école gratuite et obligatoire, mais seulement pour les enfants de 6 à 13 ans : les adultes restaient hors du cadre. En 1898, un ouvrier typographe et militant, Georges Deherme, fonde à Montreuil-sous-Bois, avec des compagnons de travail, une structure baptisée « La Coopération des Idées », avant de lancer en 1899 un appel à créer des universités populaires dans tout le pays. L’époque est celle de l’affaire Dreyfus : des écrivains, des philosophes et des professeurs d’université, engagés dans le camp dreyfusard, veulent « aller vers le peuple » en partageant leur savoir. Le mouvement prend, vite : selon l’encyclopédie collaborative Wikipédia, la France compte environ 124 universités populaires en 1901. Puis il s’essouffle presque aussi vite, miné par les tensions entre les intellectuels et les ouvriers : il n’en reste qu’une vingtaine en 1914, et les deux guerres mondiales achèvent d’éteindre le mouvement.

Une deuxième naissance venue d’Alsace

Il faut attendre 1963 pour qu’une deuxième vague reparte, à Mulhouse, avec la fondation de l’Université populaire du Rhin, inspirée des Volkshochschulen, ces écoles populaires allemandes solidement installées depuis des décennies de l’autre côté de la frontière. Le modèle essaime ensuite dans d’autres villes françaises. En 1986, ces associations locales se fédèrent au sein de l’Association des Universités Populaires de France, qui se donne pour mission, selon son propre site, de mettre en réseau les structures d’éducation populaire et de rendre l’accès au savoir universel. La fédération siège aujourd’hui à l’échelle européenne, comme membre de l’association qui regroupe les organismes d’éducation des adultes du continent.

Ce qu’on y apprend aujourd’hui, et qui y va

Une université populaire reste, dans son fonctionnement, une association de droit local : on y adhère, sans condition de diplôme ni de niveau, pour accéder à des cours, des ateliers ou des activités culturelles. L’Université populaire du Rhin, qui a gardé le même nom depuis 1963, illustre l’étendue de ce qui s’y apprend aujourd’hui : des langues (allemand, anglais, chinois, espagnol), des activités de bien-être, des ateliers de cuisine, de musique ou d’écriture, et des cycles tournés vers le développement personnel ou professionnel. Les tarifs varient énormément d’une activité à l’autre, avec des taux horaires qui tournent le plus souvent autour de six à dix euros, et l’inscription se fait en ligne, cours par cours, sans engagement global.

Le public qui pousse la porte n’a jamais été homogène, et c’est resté vrai : on y croise des retraités curieux, des personnes en reconversion, des étudiants qui cherchent un complément à leurs cours, des habitants d’un quartier qui veulent simplement occuper une soirée autrement. Aucune de ces raisons ne prime sur une autre, et aucune inscription ne demande de justifier la sienne. Deux personnes assises côte à côte dans la même salle peuvent n’avoir en commun que le sujet du soir, l’une venue combler un manque scolaire ancien, l’autre pour le seul plaisir d’apprendre encore quelque chose de nouveau après une longue carrière.

La conférence gratuite, la porte qui ne coûte rien

Beaucoup d’universités populaires organisent, en dehors de leurs cycles de cours payants, des conférences ouvertes à tous, sans adhésion préalable ni réservation. C’est souvent la meilleure façon de découvrir le lieu avant de s’engager sur un semestre entier : on s’assoit une heure, un sujet qu’on ne connaît pas est traité par quelqu’un qui le maîtrise, et on reste ou on s’en va libre de toute suite. Certaines structures publient leur programme de conférences bien avant celui des cours, justement pour attirer un public qui n’oserait pas franchir la porte autrement.

On n’entre pas dans une université populaire pour obtenir un papier. On y entre pour la soirée, et on en ressort parfois pour des années.

Reste à savoir laquelle existe près de chez soi. L’Association des Universités Populaires de France fédère des dizaines de structures locales et peut orienter la recherche ; à défaut, la mairie ou le centre social du quartier sait en général si une université populaire, une antenne d’éducation populaire ou une structure au nom voisin fonctionne à proximité. Le premier geste ne demande rien de plus qu’une soirée libre et une conférence au programme.

Sources

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