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Réunion parents-professeurs : que faire de ces dix minutes ?

Deux ou trois questions préparées, le point de vue du professeur écouté en premier, une seule piste d’action à la sortie : de quoi remplir dix minutes utiles.

La salle sent le café qui refroidit et le radiateur qui tourne un peu trop fort. Dans le couloir, une dizaine de parents attendent leur tour en surveillant l’heure. Vous entrez, vous vous asseyez, le professeur vous sourit, et vous avez dix minutes, parfois quinze. Que faire de ce temps si court ? Trois gestes suffisent : préparer deux ou trois questions avant d’entrer, écouter d’abord ce que le professeur voit et que vous ne voyez pas, et repartir avec une seule piste concrète plutôt qu’un jugement sur qui que ce soit.

Ce moment n’est pas un geste de bonne volonté laissé au hasard des établissements. Le code de l’éducation impose au chef d’établissement d’organiser au moins deux fois par an et par classe une rencontre entre les parents et les enseignants, sous des formes qui peuvent varier d’un établissement à l’autre : réunion collective en début d’année, entretiens individuels au fil des trimestres, rendez-vous ponctuel demandé par l’une ou l’autre partie. Ce court entretien fait donc partie du métier, au même titre qu’une évaluation ou qu’un conseil de classe. Il mérite d’être préparé comme tel, des deux côtés de la table, et pas subi comme une formalité qu’on coche sur un calendrier.

Ce que voit le professeur, que vous ne voyez pas

Vous connaissez votre enfant à la table de la cuisine, penché sur ses devoirs ou en train de traîner des pieds pour les commencer. Le professeur, lui, le voit dans un groupe de vingt-cinq ou trente, en train de lever la main ou de se taire, d’aider un camarade ou de se disperser. Ce sont deux points de vue vrais sur la même personne, pas un point de vue faux et un point de vue juste. Écouter d’abord ce que dit le professeur, avant de raconter ce que vous observez à la maison, change la tonalité de tout l’entretien : vous n’êtes plus deux personnes qui défendent chacune leur version, mais deux adultes qui complètent une image.

Deux questions valent mieux que dix

Griffonnées la veille sur un coin de table, deux ou trois questions précises rapportent bien plus que dix questions vagues improvisées sur place. Elles vous évitent aussi de ressortir en pensant, une fois dans la voiture : j’aurais dû demander autre chose. Le plus simple est de les écrire sur son téléphone dès qu’une inquiétude traverse la semaine, plutôt que de compter sur sa mémoire au moment de s’asseoir face au professeur.

Une réunion de dix minutes ne juge personne : elle compare deux photos prises depuis deux endroits différents.

Repartir avec une piste, pas avec un procès

L’entretien tourne mal quand il se transforme en procès, celui de l’enfant qu’on accable de tout ce qui cloche, ou celui du professeur qu’on tient pour seul responsable d’une mauvaise note. Un bulletin de trimestre ne dit jamais tout d’un élève, et un entretien de dix minutes ne dit jamais tout d’un enseignant qui suit par ailleurs vingt-cinq ou trente autres histoires. Le bon réflexe est plus modeste : repartir avec une seule chose à essayer d’ici la prochaine fois, du genre relire les leçons à voix haute le soir, ranger le cartable la veille plutôt que le matin, ou changer la place dans la classe. Une piste précise se tient dans la tête et se met en œuvre dès le lendemain. Une liste de reproches, elle, se dissout avant même d’arriver à la maison, et ne change rien pour personne.

Le petit mot qui suit, une semaine après

Ce qui distingue une réunion vraiment utile d’une réunion vite oubliée se joue souvent après, pas pendant. Un mot bref dans le carnet, ou un courriel de deux lignes qui confirme la piste retenue et remercie pour le temps pris, referme la boucle. Réseau Canopé, l’opérateur public qui forme les enseignants, le rappelle dans ses ressources sur la coéducation : la collaboration entre le corps enseignant et les familles est un facteur qui sert la réussite et l’épanouissement des élèves, et une communication bienveillante en est le levier. Ce lien ne se construit pas en une rencontre : il se construit dans la suite qu’on lui donne.

Dix minutes ne suffisent jamais à tout dire sur un enfant. Elles suffisent, en revanche, à se mettre d’accord sur un geste simple à essayer avant la prochaine fois. C’est peu, et c’est déjà beaucoup : deux adultes qui regardent dans la même direction, celle d’un enfant en train d’apprendre.

Sources

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