Organisation pour le Développement de l’Éducation, des Ressources et des Savoirs AccessiblesAssociation loi 1901 · Paris

← Tous les articles

Publié le

Un adulte qui ne sait pas bien lire : comment l’aider, avec justesse

Réapprendre à lire et écrire à l’âge adulte concerne 1,4 million de personnes en France. Voici ce qui aide vraiment un proche à franchir le pas, sans jamais le mettre en difficulté.

On imagine souvent l’illettrisme comme un phénomène d’un autre temps. Les chiffres disent autre chose : selon l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, 4 % des adultes scolarisés en France, âgés de 18 à 64 ans, se trouvent en situation d’illettrisme. Cela représente environ 1,4 million de personnes. Le taux a reculé, de 7 % en 2011 à 4 % en 2022, mais le phénomène reste massif, et surtout largement invisible : la moitié des personnes concernées travaillent, et deux tiers vivent hors des grandes villes.

Deux mots qu’on confond, une différence qui compte

Analphabétisme et illettrisme ne désignent pas la même chose, et la confusion nuit à ceux qui vivent la seconde situation. L’analphabétisme concerne des personnes qui n’ont jamais été scolarisées, et n’ont donc jamais appris à lire. L’illettrisme, un mot créé en 1981 par l’association ATD Quart Monde à la suite d’un rapport sur la pauvreté, décrit tout autre chose : des personnes qui ont été scolarisées en français, mais qui n’ont pas acquis, ou ont perdu, une maîtrise suffisante de l’écrit pour les besoins de leur vie quotidienne. Ce n’est donc ni un manque d’intelligence, ni un échec personnel isolé : c’est souvent le résultat d’un parcours scolaire interrompu, chahuté, ou d’un apprentissage qui n’a jamais trouvé prise.

Ce que la honte empêche de dire

Le premier obstacle n’est presque jamais la difficulté elle-même : c’est la honte de la révéler. Un adulte en situation d’illettrisme a souvent développé, au fil des années, des stratégies discrètes pour contourner le problème : se faire accompagner « pour la route » à un rendez-vous administratif, prétendre avoir oublié ses lunettes devant un formulaire, laisser un proche répondre en premier. Ces stratégies ne sont pas de la mauvaise volonté : elles sont la preuve d’une intelligence qui s’adapte en permanence à une situation qu’elle cache depuis longtemps, parfois depuis l’enfance.

C’est pour cette raison que la première aide utile n’est presque jamais un cours. C’est un espace où la question peut se poser sans jugement. Remarquer, sans forcer : proposer de remplir un papier ensemble plutôt que de le faire à la place de l’autre, ou glisser, un jour calme, qu’il existe des endroits gratuits pour reprendre la lecture, sans dire à qui l’on pense. La porte s’ouvre souvent bien avant que la phrase ne soit prononcée à voix haute.

Les portes qui existent, discrètement

En France, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme coordonne un réseau d’associations locales, souvent adossées à des centres sociaux, des bibliothèques ou des structures d’éducation populaire, qui proposent un accompagnement individuel, gratuit et confidentiel. Le réseau des Greta, rattaché à l’éducation nationale, propose aussi des remises à niveau en lecture et en écriture pour les adultes. Ces structures ont l’habitude d’accueillir des parcours très différents, souvent commencés à quarante ou soixante ans, et savent recevoir une demande sans en faire un événement.

Le premier rendez-vous ressemble rarement à une salle de classe. Un formateur bénévole évalue avec discrétion ce qui est déjà là, un mot reconnu, une lettre qui bloque encore, un calcul qui reste flou, plutôt que ce qui manque. Beaucoup de personnes en difficulté avec l’écrit le sont aussi avec les chiffres, et les deux se travaillent souvent ensemble. La progression se mesure en semaines, parfois en mois, sur des supports du quotidien : une notice, une lettre reçue, un menu au restaurant. Ce sont ces petites victoires concrètes, plus qu’un objectif lointain de diplôme, qui font tenir la démarche dans la durée.

On ne demande pas à quelqu’un de renoncer à des années de stratégies discrètes en une seule conversation. On lui montre juste qu’une porte reste ouverte, aussi longtemps qu’il le faudra.

Reprendre la lecture et l’écriture à l’âge adulte n’a rien d’un aveu d’échec. C’est un chemin que suivent, chaque année, des dizaines de milliers de personnes en France, avec un point commun : celles qui avancent le plus loin sont rarement celles qu’on a poussées, mais celles qu’on a accompagnées, à leur rythme, jusqu’à la première porte franchie.

Sources

Raccourcis clavier

TabNaviguer de lien en lien
EntréeOuvrir le lien ou plier/déplier une question
?Ouvrir cette aide
ÉchapFermer le panneau ou cette aide