« Pourquoi le ciel est bleu ? » : que répondre quand la question nous dépasse ?
Face à une question d’enfant qu’on ne sait pas résoudre, dire « je ne sais pas, on cherche ? » vaut bien mieux qu’une réponse bâclée pour se débarrasser de la question.
Sur la banquette arrière, entre deux feux rouges : « Pourquoi le ciel est bleu ? » Vous cherchez une réponse rapide, vous en trouvez une approximative, quelque chose comme « c’est à cause du soleil », et vous passez à autre chose. L’enfant, lui, sent bien que la réponse ne tient pas debout. Il n’insistera peut-être pas cette fois, mais il aura appris une chose : que demander « pourquoi » finit souvent par une réponse floue donnée pour avoir la paix.
Cette question précise, pourtant, a une vraie réponse, documentée et vérifiable. Ce qui la rend difficile à donner sur le moment, ce n’est pas qu’elle soit mystérieuse : c’est qu’elle demande un peu de temps, et l’admission que, là, tout de suite, on ne l’a pas en tête.
Le ciel bleu, un bon exemple de question qui mérite d’attendre
Météo-France l’explique noir sur blanc : le ciel paraît bleu parce que les particules de l’air renvoient dans toutes les directions surtout la composante bleue de la lumière du soleil, un phénomène de diffusion qui touche davantage les courtes longueurs d’onde, comme celle du bleu, que les longues, comme le rouge. Le bleu l’emporte sur le violet, qui pourtant se diffuse encore plus, tout simplement parce que la lumière du soleil en contient beaucoup moins pour commencer. Rien de tout cela ne se résume en une phrase satisfaisante dite en accélérant à un feu qui passe au vert. Et c’est très bien ainsi : certaines questions valent la peine d’être reprises plus tard, avec un dessin ou une image sous les yeux.
Vingt fois « pourquoi » par jour
Un chercheur racontait, dans une série où des scientifiques expliquent leur métier aux enfants publiée par The Conversation, que son fils de trois ans lui posait la question « pourquoi ? » une vingtaine de fois par jour, sur tout : pourquoi la rivière se jette dans la mer, pourquoi le moustique pique. Il notait un mécanisme frappant : chaque « pourquoi » qui trouve sa réponse en appelle un autre, plus précis. C’est très exactement, écrivait-il, ce que font les chercheurs toute leur carrière : apporter des réponses à des questions toujours plus précises, sans jamais atteindre un point final où plus rien ne resterait à demander.
Vu sous cet angle, l’avalanche de questions d’un enfant de trois ou quatre ans n’est pas un caprice à calmer au plus vite. C’est la même mécanique qui fait avancer un laboratoire de recherche, juste à une vitesse et sur un ton différents. Répondre vite et mal à ce flot ne l’arrête pas : ça lui apprend seulement à moins demander, ou à demander ailleurs qu’à vous.
Le ciel bleu n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres qui tombent au même rythme dans une même semaine : pourquoi la glace flotte sur l’eau, pourquoi on rêve la nuit, pourquoi les feuilles changent de couleur en automne. Aucun parent n’a ces réponses toutes prêtes en mémoire, et ce n’est pas grave. Ce qui compte, c’est de ne jamais faire semblant de savoir : un enfant qui sent qu’on lui sert une explication inventée sur le moment apprend, sans qu’on le veuille, que les adultes préfèrent parfois avoir l’air sûr plutôt que d’avoir raison.
Un enfant qui pose une question difficile ne teste pas votre savoir. Il vous propose de chercher avec lui.
« Je ne sais pas, on cherche ? »
Cette phrase fait tout le travail. Elle dit la vérité (personne n’a réponse à tout, pas même un adulte), et elle transforme un moment de gêne en projet commun. Selon l’âge, on ne cherche pas de la même façon : un enfant de quatre ans se contente souvent d’une image bien choisie et d’une explication en deux phrases ; un enfant de neuf ou dix ans peut suivre un vrai raisonnement, avec un schéma, une expérience simple, ou un livre emprunté exprès à la bibliothèque. Ce qui compte n’est pas de savoir sur le moment, c’est de montrer qu’une question sans réponse immédiate se traite en allant voir, pas en l’écartant.
- Noter la question sur un carnet ou une ardoise si le moment ne se prête pas à chercher tout de suite.
- Revenir dessus le soir même, ou au prochain passage à la bibliothèque.
- Chercher ensemble plutôt que de donner une réponse toute faite trouvée seul.
- Accepter de dire « je ne sais pas » sans se sentir pris en faute.
- Garder une question ouverte pour la semaine si elle demande une vraie recherche.
Toutes les questions d’enfants ne demandent pas une explication de physicien. Beaucoup se contentent d’un câlin, d’un « bonne question » ou d’un « on regarde ça demain ». Ce qui entretient la curiosité d’un enfant sur des années n’est pas d’avoir toujours la bonne réponse. C’est de ne jamais lui faire sentir qu’une question dérange.
Sources
- Pourquoi le ciel est-il bleu ? (Météo-France) (meteofrance.com)
- Ma recherche expliquée aux enfants : « je cherche la petite bête » (The Conversation) (theconversation.com)