Comment prendre des notes sans recopier tout le cours ?
Recopier mot à mot fait perdre le fil et n’aide pas à comprendre. Reformuler avec ses propres mots, abréger, puis compléter à froid : la vraie méthode.
Le professeur parle, la main court sur la page, et pourtant on décroche : à vouloir tout écrire, on finit par ne plus rien écouter. Ce réflexe, très répandu, part d’une bonne intention et produit l’effet inverse. Prendre des notes ne consiste pas à transcrire un cours comme un dictaphone. C’est un premier travail sur l’information, fait sur l’instant, pendant qu’on l’entend.
Le piège touche toutes les matières, mais pas de la même façon. En histoire ou en français, la tentation est de noter la phrase du professeur presque telle quelle, comme si la formulation exacte comptait plus que l’idée. En mathématiques ou en sciences, le risque est inverse : recopier une démonstration au tableau sans avoir eu le temps de comprendre l’étape qui la justifie, et se retrouver ensuite avec des notes exactes mais incompréhensibles. Dans les deux cas, la main a travaillé, la tête beaucoup moins.
Recopier fait perdre le fil
Une étude de 2014 des chercheuses en psychologie Pam Mueller et Daniel Oppenheimer, publiée dans la revue Psychological Science, a comparé des étudiants prenant leurs notes à la main et d’autres sur ordinateur portable, pendant des conférences filmées. Sur les questions qui demandaient de restituer un fait précis, les deux groupes se valaient. Mais sur les questions qui demandaient de comprendre une idée et de la relier à d’autres, ceux qui tapaient au clavier obtenaient des résultats nettement moins bons. Leurs notes contenaient plus de mots, souvent recopiés presque tels quels, mais ce contenu supplémentaire ne servait à rien : recopier mot à mot occupe la main sans faire travailler la tête. Même prévenus du risque, les participants qui tapaient continuaient à transcrire plutôt qu’à reformuler.
Un système d’abréviations à soi
La bonne nouvelle, c’est que reformuler ne demande pas d’écrire plus vite : ça demande d’écrire moins, et mieux choisi. Une ressource de méthodologie de l’université de Lille, destinée aux étudiants, conseille de transformer les phrases entendues en une forme condensée, en gardant l’essentiel et en laissant tomber les mots qui ne portent pas le sens : les articles, certaines prépositions, les verbes qui ne font que relier deux idées déjà claires. Le reste se code avec des symboles et des abréviations personnelles, à condition qu’elles restent compréhensibles pour soi-même une semaine plus tard.
- une flèche pour « donc », « entraîne » ou « devient » ;
- un signe plus ou moins pour « augmente » et « diminue » ;
- un mot raccourci à sa façon (« gvt » pour gouvernement, « ex » pour exemple) ;
- un encadré ou une étoile pour ce que le professeur répète ou souligne à l’oral ;
- une marge laissée vide pour noter une question qu’on se pose sur le moment.
Un avertissement mérite d’être glissé ici : ces abréviations sont pour soi, pas pour une copie d’examen, où elles restent interdites. Le carnet de cours et la copie du contrôle ne suivent pas les mêmes règles, et c’est très bien ainsi.
Compléter à froid, garder un système
Une note prise en vitesse, même bien pensée, contient toujours des trous : un mot abrégé qu’on ne relira plus, une flèche qui ne veut plus rien dire deux semaines après. Le geste qui répare ça est simple : reprendre ses notes le soir même ou le lendemain, pendant que le cours est encore proche, pour compléter ce qui manque et border les phrases bancales. Ce n’est pas une deuxième prise de notes, juste un passage court qui transforme un brouillon en quelque chose de relisible à la veille d’un contrôle. Dix minutes suffisent la plupart du temps, et elles évitent l’heure perdue, des semaines plus tard, à déchiffrer sa propre écriture sans se souvenir de ce qu’elle voulait dire.
Une note qui ressemble au cours mot pour mot n’a rien appris à celui qui l’a écrite.
Chacun finit par trouver son propre système, et c’est très bien : deux colonnes ou un seul bloc, des couleurs ou du noir et blanc, des schémas ou des phrases courtes. Peu importe la forme, du moment qu’il y a un système, tenu avec constance d’un cours à l’autre. Ce qui compte, à l’arrivée, ce n’est pas la quantité de pages noircies. C’est d’avoir déjà, en sortant du cours, une petite idée triée et compréhensible, plutôt qu’un enregistrement fidèle de ce qu’on n’a pas eu le temps de comprendre.