Une image en Creative Commons : qu’a-t-on vraiment le droit d’en faire ?
BY, SA, NC, ND : quatre lettres qui changent tout. Voici ce que chaque licence Creative Commons autorise, et comment créditer une œuvre sans se tromper.
Un élève prépare un exposé sur les volcans. Il trouve une photo parfaite, avec une mention en petits caractères : « CC BY-SA 4.0 ». Il n’a jamais vu ces lettres. Il se dit que « Creative Commons » veut sûrement dire gratuit, colle l’image dans son diaporama sans rien écrire dessous, et passe à la suite. Il n’a pas tort sur le fond : l’image est bien réutilisable. Mais il a raté une case, et cette case a un nom : l’attribution.
Une licence Creative Commons se construit à partir de quatre briques, que l’auteur d’une œuvre choisit de combiner. Chacune répond à une question précise.
- Attribution (BY) : présente dans toutes les licences Creative Commons ; elle oblige à créditer l’auteur, toujours.
- Partage à l’identique (SA) : si vous modifiez l’œuvre, votre version doit être proposée sous la même licence que l’originale.
- Pas d’utilisation commerciale (NC) : l’œuvre se réutilise librement, sauf dans un cadre commercial, qui demande alors l’accord de l’auteur.
- Pas de modification (ND) : l’œuvre peut être copiée et partagée telle quelle, mais jamais transformée, recadrée ou traduite.
Six combinaisons, six façons de dire oui
Ces briques se combinent, et Creative Commons en propose six assemblages. La plus ouverte, dite simplement BY, ne demande qu’un crédit : tout le reste est permis, y compris vendre une version modifiée. La plus fermée, BY-NC-ND, autorise seulement le partage tel quel, sans usage commercial et sans modification. Entre les deux, BY-SA garde l’esprit d’un savoir qui circule et s’améliore : n’importe qui peut corriger ou traduire l’œuvre, à condition de republier sa version sous la même licence, jamais en la refermant derrière un droit d’auteur classique. C’est cette licence là que beaucoup d’encyclopédies et de cours en ligne choisissent, justement parce qu’elle empêche qu’un savoir ouvert par quelqu’un se retrouve verrouillé par quelqu’un d’autre.
Créditer, ce n’est pas écrire « source : internet »
L’attribution est la seule brique présente dans les six licences : c’est donc celle qu’on croise partout, et celle qu’on bâcle le plus souvent. Créditer une œuvre correctement, c’est réunir quatre informations : le titre de l’œuvre si elle en a un, le nom de son auteur, l’endroit où on l’a trouvée, et le nom exact de la licence. Une mention comme « crédit : Creative Commons » ne suffit pas : Creative Commons est l’organisation qui rédige les licences, pas l’auteur de l’image. Le bon réflexe est de recopier, si possible, la ligne de crédit que le site d’origine propose lui même sous l’image, et de garder le lien vers la page source pour qu’on puisse vérifier plus tard.
Si l’œuvre a été modifiée (recadrée, recolorée, coupée), la bonne pratique est de le dire dans le crédit lui même : « image modifiée à partir de… », plutôt que de laisser croire qu’elle est intacte. Ce n’est pas une formalité gratuite : sous une licence à partage à l’identique, dire clairement ce qui a changé fait partie de l’accord passé avec l’auteur d’origine.
Les pièges de bonne foi
La plupart des erreurs sur les licences libres ne viennent pas de mauvaise volonté : elles viennent d’une case qu’on n’a pas vue.
Le premier piège tient dans la lettre NC. On imagine souvent qu’un usage non commercial se limite à « je ne vends rien ». La frontière est en réalité plus floue que ça, et l’organisation Creative Commons le reconnaît elle même : un contenu associatif financé par de la publicité, un support distribué gratuitement mais utilisé par une structure privée, peuvent entrer dans une zone grise selon les cas. Face au doute, la prudence consiste à demander l’autorisation à l’auteur plutôt qu’à trancher soi même.
Le deuxième piège touche le partage à l’identique. On adapte une image ou un texte pour son propre usage, on le trouve très bien comme ça, et on oublie qu’un lecteur qui reprendrait cette version modifiée a, lui aussi, le droit de la réutiliser sous la même licence que l’originale : ce droit ne s’arrête pas à soi. Le troisième piège est le plus simple à éviter et le plus fréquent : oublier tout simplement de créditer, parce que l’image était « gratuite » et qu’on associe, à tort, gratuité et absence d’obligation. Une œuvre sous licence libre n’est jamais une œuvre sans auteur.
Revenons à l’élève et à sa photo de volcan. Il n’a rien à changer à son exposé, ni à retirer l’image : il lui suffit d’ajouter une ligne sous la photo, avec le nom du photographe et la mention « CC BY-SA 4.0 ». Trente secondes de travail, et l’exposé respecte exactement ce que l’auteur de la photo a demandé en la mettant en ligne. C’est tout l’esprit d’une licence libre : un usage possible pour tous, à la seule condition de dire d’où ça vient.
Sources
- Foire aux questions sur les licences (Creative Commons) (creativecommons.org)
- Attribuer une licence Creative Commons à une œuvre (Cirad, Coopérer en information scientifique et technique) (coop-ist.cirad.fr)