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Comment faire apprendre une leçon à un enfant sans en faire un perroquet

Une leçon « à savoir » pour demain se retient mieux comprise que récitée. Voici comment s’y prendre à la maison, sans transformer le soir en séance de récitation.

Le cahier de textes annonce une leçon « à savoir » pour demain, et le réflexe le plus courant consiste à la relire une, deux, trois fois de suite, jusqu’à ce que les phrases semblent familières. Le soir venu, l’enfant récite d’une traite, sans une hésitation. Le lendemain, à l’interrogation, tout s’effondre : les mots étaient là, le sens n’avait jamais suivi.

Comprendre d’abord, retenir ensuite

Ce décalage n’a rien de mystérieux. Frédéric Bernard, maître de conférences en neuropsychologie à l’université de Strasbourg, l’explique dans un article publié sur The Conversation : disposer d’une information ne signifie pas la comprendre. Pour interpréter ce qu’on lit, il faut déjà s’appuyer sur des repères, des concepts, des connaissances déjà là, qui permettent de construire une représentation cohérente plutôt que de recevoir des phrases toutes faites. Une leçon comprise s’accroche à ce qu’on sait déjà. Une leçon simplement relue reste posée à côté, sans crochet pour tenir.

Concrètement, ça change la première question à poser un soir de leçon : pas « tu l’as relue combien de fois », mais « de quoi ça parle, en gros ». Relier la nouvelle notion à quelque chose de connu (une leçon précédente, un exemple de la vie de tous les jours, un souvenir de vacances) donne à l’enfant un endroit où ranger l’information, plutôt qu’un tiroir vide qu’on referme aussitôt.

Une leçon de sciences sur le cycle de l’eau se comprend mieux si on part de la buée sur une vitre froide ou de la flaque qui sèche après la pluie, plutôt que du schéma abstrait tout seul. Une règle de grammaire s’ancre mieux si on la retrouve dans une phrase que l’enfant a lui-même prononcée dans la journée. Le détour prend une minute de plus, mais il évite de faire tourner la leçon dans le vide.

Faire redire, pas seulement relire

Une fois le sens posé, le meilleur test reste très simple : demander à l’enfant de raconter la leçon avec ses propres mots, sans regarder le cahier. S’il bute, s’il enchaîne des mots du livre sans lien entre eux, c’est le signal que la compréhension n’est pas encore là, pas que la mémoire flanche. On peut aussi lui demander d’inventer son propre exemple, différent de celui du manuel : une règle de grammaire qui ne s’applique qu’à la phrase du livre n’a rien appris à personne, la même règle retrouvée dans une phrase inventée par l’enfant, si.

Une leçon qu’on sait redire avec ses propres mots est déjà à moitié apprise. Une leçon qu’on ne sait que réciter ne l’est pas du tout.

Raconter la leçon à quelqu’un d’autre, un frère, une peluche, un parent qui joue le jeu de ne rien savoir, fonctionne pour la même raison : impossible de bluffer un public, même imaginaire, sans avoir vraiment saisi de quoi on parle.

Le par-cœur qui a sa place, sans en faire un perroquet

Tout n’exige pourtant pas ce travail de compréhension poussé. Une inspectrice de l’éducation nationale, Claire Boniface, le rappelle dans un article publié par Les Cahiers pédagogiques, la revue de l’association CRAP : certains contenus, une poésie, un dialogue à jouer, des tables de multiplication, gagnent à être retenus mot pour mot, quand d’autres réclament surtout d’être compris. Elle recommande d’ailleurs de faire réfléchir l’enfant à quoi sert de savoir cette leçon-là, avant même de la lui faire répéter : la question donne un sens à l’effort de mémorisation, y compris pour ce qui se retient par cœur.

Le risque du perroquet apparaît quand le par-cœur s’étend à tout, y compris à ce qui devrait se comprendre : une définition de sciences récitée sans qu’on sache l’expliquer autrement, une règle de grammaire qui s’évapore dès qu’on change un mot dans la phrase. Le par-cœur est un outil précis, pas une méthode universelle.

Une leçon apprise ainsi prend un peu plus de temps qu’une simple relecture répétée. Elle laisse aussi, le lendemain, un enfant qui sait de quoi il parle plutôt qu’un enfant qui espère que les phrases reviendront dans le bon ordre. Et pour le parent qui accompagne, c’est aussi rassurant : on n’a plus besoin de vérifier chaque mot du texte, seulement d’écouter si le sens tient debout.

Sources

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