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Le cerveau adulte peut-il encore apprendre ? Oui, et ça se mesure

Un hippocampe qui grossit, un cervelet qui pousse à 69 ans : deux études récentes montrent, IRM à l’appui, que le cerveau adulte continue d’apprendre.

À Londres, un candidat chauffeur de taxi met en moyenne plusieurs années à préparer un examen surnommé « the Knowledge » : mémoriser environ 25 000 rues et des milliers de repères, puis réciter de tête le trajet le plus court entre deux adresses tirées au sort. La plupart échouent plusieurs fois avant de réussir. Ce que des chercheurs ont voulu savoir, c’est ce que cet entraînement change réellement dans un cerveau déjà adulte.

Un hippocampe qui grossit, mesuré avant et après

Katherine Woollett et Eleanor Maguire, chercheuses à l’University College de Londres, ont suivi 79 candidats chauffeurs en formation et 31 personnes qui n’y participaient pas, sur trois à quatre ans, avec une IRM cérébrale avant et après. Résultat publié en 2011 : chez les candidats qui ont obtenu leur licence, le volume de matière grise a augmenté dans une zone précise de l’hippocampe, la région qui traite les cartes mentales de l’espace. Chez ceux qui ont échoué à l’examen, et chez le groupe qui n’a rien appris, aucun changement de ce type n’a été observé. Ce n’est pas l’âge des candidats qui a fait la différence : c’est l’apprentissage réellement mené à son terme.

Le piano à 69 ans, et un cerveau qui pousse encore

Une étude publiée en 2023 pousse l’idée plus loin, sur un public qu’on croit souvent trop âgé pour commencer quoi que ce soit. Cent trente-deux adultes en bonne santé, autour de 69 ans en moyenne, n’ayant jamais pratiqué de musique, ont été répartis en deux groupes pendant six mois : les uns ont pris des cours de piano hebdomadaires avec une demi-heure de pratique quotidienne, les autres ont suivi une éducation musicale par simple écoute. Chez les pianistes débutants, le volume de matière grise a augmenté dans le cervelet, une zone impliquée dans la coordination des gestes, alors même que le cerveau, à cet âge, tend globalement à perdre du volume. Leur mémoire de travail auditive a progressé de 5,7 %, et cette progression était d’autant plus nette que les participants dormaient bien et pratiquaient régulièrement.

Ce qui aide vraiment, et ce qui ne suffit pas

Ces deux études, prises ensemble, démontent un fatalisme tenace : « je suis trop vieux pour ça » ne tient pas devant des IRM qui montrent le contraire, noir sur blanc. Mais elles ne promettent pas non plus l’impossible. Le chercheur Pierre-Marie Lledo, de l’Institut Pasteur, résume un principe simple rapporté par la Fondation pour la recherche sur le cerveau : les réseaux du cerveau qu’on ne mobilise plus se dégradent, ceux qu’on entraîne se maintiennent et se renforcent, à tout âge de la vie adulte. C’est la régularité qui construit l’effet, pas une séance isolée aussi intense soit-elle.

La difficulté compte aussi. Un exercice trop facile n’apprend plus rien une fois maîtrisé : c’est en visant un cran au-dessus de ce qu’on sait déjà faire que le cerveau continue de se remodeler. Et il reste un dernier ingrédient, plus difficile à mesurer en laboratoire mais bien réel sur le terrain : le plaisir pris à la tâche. Un apprentissage vécu comme une contrainte pure s’arrête au premier obstacle. Celui qui procure une vraie satisfaction, même modeste, tient dans la durée, ce qui compte finalement plus que n’importe quel autre facteur.

Ce que montrent ces deux études se vérifie aussi loin des laboratoires. Reprendre la danse à 55 ans, se mettre à la poterie, apprendre à coder un jeu simple ou suivre des cours de cuisine d’un pays qu’on ne connaît pas : le mécanisme cérébral en jeu est probablement proche de celui mesuré chez les chauffeurs de taxi ou les pianistes débutants. Ce qui compte n’est pas la nature exacte de l’activité choisie, mais qu’elle demande un effort réel et régulier, et qu’elle continue de faire progresser plutôt que de se figer une fois le premier geste acquis.

Le cerveau adulte n’a pas besoin qu’on le persuade qu’il peut encore apprendre. Il a besoin qu’on lui en donne l’occasion, régulièrement.

Personne ne prétend qu’apprendre à 60 ou 70 ans va aussi vite qu’à 20. Les deux études le montrent d’ailleurs sans détour : ça demande du temps, de la répétition, une vraie régularité. Mais la question de savoir si c’est possible est tranchée, IRM à l’appui. Reste celle, bien plus personnelle, de ce qu’on a envie de mettre, cette année, dans ce cerveau qui n’a pas fini de bouger.

Sources

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